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Le retour chez soi : un soulagement ou traumatisme ?

By 15 décembre 2020No Comments

Je les vois dans la rue, où que j’aille, ces visages pâles, ces âmes perdus, je croise leur regard, et on s’échange mutuellement un sourire en guise de compassion. Il est anodin de se dire que ce genre de sourire peut très bien avoir pour conséquence un réconfort prometteur. Mais qui sont ces gens ?

Cette jeunesse dorée a choisi de prendre le large, comme moi. En ces temps, la mondialisation rencontre son apogée. Avec les moyens de communication et de transport qui se sont considérablement développés, les frontières entre les pays se sont estompées et la culture d’autrui est devenue accessible. Nous vivons aujourd’hui dans des sociétés qui misent sur l’ouverture sur le monde, et de plus en plus de gens quittent momentanément leur milieu pour de long séjours à l’étranger. Majoritairement des maghrébins (56% des étudiants étrangers sont maghrébins en France en 2017 selon le site officiel de campus France), laissant derrière eux le soupir d’un père inquiet, les larmes furtives d’une mère, les sanglots de leur proches, et une façon de voir les choses qu’ils vont perdre de vue au fur et à mesure qu’ils se plongent dans ce nouveau monde.

Le goût fortement amer, c’est une fois seul chez soi, que l’on se rend compte vraiment de ce manège que l’on vit, un tel détournements de choses qu’on aurait préféré y assister comme spectateur. C’est ainsi que la vie continue, armé de bravoure et d’ambitions, que chacun d’entre nous part à la quête de ses rêves, en fonction de son objectif. Les responsabilités s’accumulent, et le temps presse. Le loyer la caution, les factures à payer, les études à ne pas prendre à la légère, parfois même les petits boulots pour répondre d’une meilleure façon à nos besoins et pour essayer de nouveaux plaisirs plus à portée de mains (principalement les voyages). Tout devient dur et non pas évident comme ce qui était prévu, trouver un bon job, de vrais amis, ne pas négliger sa santé, apprendre une nouvelle culture. Mais ceux-ci ne sont que des étapes de la vie à franchir, des expériences au profit de notre petite personne, des bas qui finiront par se faire oublier par les hauts accomplis. Les au revoirs ne font pas si mal, au bout d’un moment, on se rend compte que c’est tout à fait prévisible.

Si, pour partir, la panoplie de ressources disponibles semble aussi variée , qu’en est-il du retour?

Le moment le plus dur, c’est certainement, irréfutablement et précisément le moment du retour à son pays natal. Notre pseudo ‘ zone de confort ‘ .Je dis bien pseudo et je mesure mes mots, parce qu’une fois les retrouvailles et les visites familiales faites, tout prend une autre ampleur. C’est comme si nous étions une plante, déracinée de notre terre, et que l’on s’attendait à ce qu’elle pousse une fois de retour un an plus tard.

Et c’est nettement plus profond que ça, les étudiants savent pertinemment qu’une adaptation est requise dès lors leur départ à l’étranger, d’ailleurs c’est ce dépaysement qu’ils recherchent. Toutefois, une myriade d’entre eux présument que le retour se fait naturellement, mais en vérité, la réintégration demande également une phase d’adaptation. Et c’est ce décalage entre les attentes fraichement idéalisées que le retour implique et la réalité des faits qui provoquent un ensemble de symptômes qui font de ce qui est appelé un traumatisme .

Nul ne peut nier qu’une partie de ces étudiants s’en sortent tant bien que mal, d’ailleurs c’est très bien pour eux. Mais pour le reste, la réinsertion est plus dure, entraînant une situation de détresse.

Par définition, le choc culturel est la désorientation ressentie par une personne confrontée à un mode de vie qui ne lui est pas familier. Cette transition a le monopole de nous faire sentir qu’ici ou ailleurs, nous n’avons donc plus de zone de confort, et c’est cet aspect traumatisant qui illustre l’apparition de divers symptômes variant en durée et en intensité d’une personne à une autre.

Portant systématiquement un regard négatif vers le milieu d’origine, C’est la nostalgie et la tendance à s’isoler qui prône le tout. Exagérer certains problèmes et en négliger d’autres qui les préoccupaient auparavant, les concernés mettent peu d’énergie dans leurs activités habituelles, avec un sommeil et une appétit légèrement perturbés. Certains d’entre eux ont même parfois tendance à être irritables. Cette émotivité exacerbée soulève des inquiétudes et des tensions au sein des relations avec les proches. Heureusement que ces signes cliniques finissent par s’estomper graduellement durant la phase de la réintégration.

Selon les études de la prestigieuse Université québécoise Laval, Cette période de transformation au cours de laquelle vous réalisez à quel point vous avez changé est marquée par la perception de vivre en marge. Vous ne vous identifiez plus comme avant à votre culture d’origine et vous savez très bien que vous n’appartenez pas à celle du pays visité, ce qui vous donne la perception d’être apatride. Pendant cette redéfinition de valeurs qui marqueront votre identité, vous vous sentez comme un hybride culturel: divisé entre deux cultures, sans vraiment vous reconnaître dans l’une ou dans l’autre, vous vous complaisez à ne pas trouver votre place. Vous aimez la présence d’étrangers, vous vous percevez comme un être à part, alors que vous êtes perçu ou perçue par vos proches comme étant des leurs. Alors survient le doute. Empreint ou empreinte de tristesse et de déception, vous remettez en question vos choix et vos décisions de revenir chez vous. Vous vous cherchez et songez à retourner vous trouver ailleurs. Ces doutes peuvent être paralysants, et l’idée de repartir, bien que tentante, n’est pas réaliste. Au mieux, c’est une solution temporaire. Ce cul-de-sac survient à un moment où plusieurs choses doivent être faites si vous désirez vraiment vous établir ici à nouveau, ce qui crée une pression. Paradoxalement, Cette résistance est due au fait que vous avez l’impression qu’en vous intégrant ici, vous renoncez à votre expérience. Cette idée paraît répugnante. Pour vous, redevenir à l’aise dans une vie qui vous semble ordinaire équivaut à la fin de la personne excitante que vous croyez être devenue. En réalité, aimer à nouveau sa vie chez soi ne signifie pas nier son vécu d’outre-mer. En relâchant vos résistances, la réintégration est possible et l’idée de repartir peut être reportée à plus tard.

Comme le deuil, ça prend du temps, mais une routine sécurisante finira aussitôt par s’installer. Ce qui vous permettra par la suite de vous réajuster à la société, s’y glisser partiellement, pour renouer véritablement avec ceux qui vous entourent.

” ..Quant à moi, je ne voulais pas qu’on m’aidât et justement le temps me manquait pour m’intéresser à ce qui ne m’intéressait pas..”

Albert Camus

L’étranger (1942)

Une autre alternative efficace peut très bien être possible. Personne ne naît mentalement fort, mais tout le monde possède la capacité de développer sa force mentale. Des exercices pratiques permettent de se muscler tout comme on muscle son corps pendant un entrainement physique. Des réflexes comme la gratitude, l’auto-compassion, la régulation des émotions, les comportement productifs aident à booster les muscles mentaux et à retrouver confiance en soi, à se retrouver .. Un peu de pratique et tout est possible !

Et rappelez vous chers amis, que celui qui s’attache trop à son passé, se condamne à ne plus jamais avoir de futur.

FG

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